Le service d’imagerie de l’hôpital Lariboisière-Fernand-Widal a été l’un des premiers de l’AP-HP à se doter d’un scanner à comptage photonique. Installé en février 2025, ce bijou technologique offre une résolution spatiale inégalée, le tout pour une irradiation réduite. Alors que la tomodensitométrie (TDM) repose depuis de nombreuses années sur des détecteurs à intégration qui mesurent l’énergie totale déposée par les photons, les détecteurs à comptage photonique permettent, eux, de détecter chaque photon individuellement et d’en exploiter l’énergie. Une rupture avec les scanners conventionnels qui permet d’envisager des progrès majeurs dans l’ensemble des spécialités d’imagerie. Néanmoins, son déploiement s’accompagne de plusieurs défis techniques : l’optimisation constante des protocoles, la formation des équipes médicales et paramédicales aux paramétrage de la machine et au choix du protocole selon la question clinique, la gestion des capacités de stockage face à la volumétrie des données. La Pr. Valérie Bousson, cheffe de service de l’imagerie de l’hôpital Lariboisière-Fernand-Widal et Lamisse Jarjous-Le Naour, manipulatrice en électroradiologie médicale au sein du service et référente du scanner à comptage photonique depuis son installation, partagent leur retour d’expérience sur l’utilisation de ce scanner nouvelle génération.
Pouvez-vous nous en dire plus sur le scanner photonique ? Comment fonctionne-t-il ?
Valérie Bousson : Cette technologie repose sur des détecteurs capables de compter les photons et de transformer directement les rayons X en charges électriques. Par rapport à un scanner traditionnel, elle simplifie la chaîne de transformation du signal et permet d’optimiser l’utilisation des rayons X. Le scanner photonique présente plusieurs atouts : une plus grande résolution spatiale, un meilleur contraste, des capacités accrues en imagerie spectrale et une diminution importante des doses d’irradiation. Cette réduction des doses est particulièrement intéressante pour l’imagerie corps entier : nous réalisons des scanners du sommet du crâne jusqu’aux orteils chez des patients atteints de maladies osseuses constitutionnelles, avec des examens que nous devons parfois répéter dans le cadre de thérapies ciblées. La dose d’irradiation est plus faible et la qualité d’image encore meilleure.
Lamisse Jarjous-Le Naour : J’aime bien prendre un exemple parlant : c’est comme si l’on passait d’une télévision haute définition à une télévision ultra-haute définition. Grâce à l’énergie de chaque photon compté, nous pouvons aller plus dans le détail, repérer des petites lésions que l’on ne voyait pas avant et améliorer le contraste des images.
Qu’est-ce que ce scanner change dans votre pratique quotidienne ? Et pour la prise en charge des patients ?
Lamisse Jarjous-Le Naour : Comme il y a beaucoup de paramètres à prendre en compte pour obtenir une bonne qualité d’image, la formation est plus longue que sur un scanner conventionnel. Avec plusieurs de mes collègues, nous avons été un petit noyau à être formé par l’ingénieur d’application au moment de l’installation de la machine. J’ai eu une formation plus poussée pour devenir référente et pouvoir paramétrer le scanner avec nos protocoles, en fonction de nos besoins. Une fois certifiés et habilités, nous avons pu former à notre tour en interne. Les manipulateurs en électroradiologie médicale du service sont formés pendant deux à trois semaines et, bien sûr, ils continuent à apprendre avec le temps ! Concernant les bénéfices pour les patients, le principal avantage est la réduction de la dose d’irradiation. Nous avons aussi la possibilité de diminuer les injections de produits de contraste iodés tout en conservant une belle qualité d’image, ce qui est particulièrement bénéfique pour les patients insuffisants rénaux. Pour le patient, c’est aussi un examen rapide.
Valérie Bousson : Sur des scanners conventionnels, pour de petites embolies pulmonaires ou de petites thromboses, la qualité d’image peut parfois être limitée par les conditions de l’examen, la respiration du patient, ce qui rend l’interprétation plus difficile. Avec ce scanner haut contraste, tous les examens sont splendides et très interprétables !
@Lamisse, en quoi consiste votre rôle de référente du scanner photonique ?
Lamisse Jarjous-Le Naour : Il y a d’abord toute la partie de formation des collègues, pour leur expliquer comment fonctionnent les paramétrages du scanner afin d’obtenir les meilleures images. Est-ce ce que l’on veut améliorer le contraste ? Est-ce que l’on travaille sur des prothèses ou sur des tissus mous ? Toute la difficulté, c’est d’avoir, pour chaque question clinique, le meilleur protocole. C’est un travail permanent, surtout dans un service comme le nôtre, avec une activité diagnostique et interventionnelle en imagerie ostéoarticulaire, abdominale, cardiovasculaire et thoracique. Je suis aussi toujours en communication avec l’ingénieur d’application et le technicien de la machine pour gérer les problèmes techniques et les besoins de maintenance. J’échange également avec les radiophysiciennes : à chaque fois que je modifie un protocole, par exemple lorsque j’ajuste la dose par rapport à la qualité d’image recherchée, nous assurons ensemble le suivi des doses délivrées aux patients. Je suis aussi en lien avec des sociétés partenaires pour développer des protocoles spécifiques. Par exemple, en orthopédie, nous avons mis en place le protocole Mako qui permet de réaliser dans notre service les examens pour les prothèses de genoux et de hanches. Au final, c’est très enrichissant, parce que je suis en contact avec les ingénieurs d’application, les radiologues, les services, les radiophysiciennes et les autres manipulateurs radio du service.
Quels types de patients prenez-vous en charge avec ce scanner ?
Valérie Bousson : Chaque spécialité du service a ses vacations sur ce scanner. Il y a de l’imagerie ostéoarticulaire, abdominale et thoracique, avec du diagnostic et de l’interventionnel, un peu d’imagerie cardiaque, et également une vacation d’imagerie neurologique dans la semaine. Nous réalisons aussi des examens d’urgence et de réanimation. C’est à chacun, au sein de sa spécialité, d’orienter les patients pour lesquels nous pensons que la plus-value par rapport à un scanner conventionnel sera forte. En théorie, l’idéal serait d’avoir cet équipement pour tous les patients. Mais comme ce n’est pas possible, nous sommes obligés de sélectionner les indications pour lesquelles il apporte le plus de bénéfices. Nous allons par exemple l’utiliser pour rechercher une fracture non identifiée, ou une lésion osseuse de très petite taille comme un ostéome ostéoïde, pour la caractérisation de tumeurs osseuses primitives, pour les affections microcristallines (détection/caractérisation), pour les arthroscanners notamment du poignet, pour certains protocoles en orthopédie (matériel métallique), ou encore en imagerie cardiaque (coroscanners, stents), pour l’analyse des rochers et la détection/caractérisation de brèche durale, la qualité des images étant inégalée avec cet équipement. Nous orientons vers cet équipement les patients pour lesquels nous pensons que le diagnostic de certitude sera difficile sur un scanner conventionnel.
Quel bilan tirez-vous de l’utilisation de ce scanner depuis son acquisition en février 2025 ?
Valérie Bousson : Ce scanner apporte beaucoup, avec une meilleure qualité des images, une réduction de la dose délivrée et une moindre utilisation de produit de contraste. Comme pour tout nouvel équipement, il faut encore un temps d’adaptation pour ajuster et optimiser les protocoles. Sur certains examens, comme le scanner du rachis lombaire par exemple, l’image n’est pas exactement celle que l’on attend et il faut encore comprendre comment l’améliorer. Il y a aussi un enjeu autour de la gestion des données qui sont beaucoup plus lourdes avec ce scanner, et donc autour du stockage. L’acquisition est très rapide mais les reconstructions peuvent parfois ralentir le flux des patients et les durées de transferts sur le PACS sont plus longues. Il arrive que les manipulateurs aient terminé l’examen et que le radiologue attende encore le transfert des images sur le PACS pour faire son compte rendu.
Lamisse Jarjous-Le Naour : Quand nous cherchons à obtenir des images très fines avec des acquisitions lourdes, les volumes de données deviennent forcément très importants. L’enjeu principal, c’est donc que le PACS puisse suivre ce débit de données.
Valérie Bousson : La contrepartie, c’est que nous n’utilisons pas forcément toutes les capacités du scanner en même temps, parce que cela peut devenir compliqué à gérer. Il faut savoir ce que nous cherchons et adapter le protocole : nous ne pouvons pas avoir à la fois la très haute résolution, l’imagerie spectrale et l’œdème osseux. Il faut faire des choix en fonction de la question clinique. Mais ce n’est pas spécifique à cet équipement : en imagerie, on est toujours dans un équilibre entre le temps, la dose et la qualité d’image. Avec ce scanner, cet équilibre est simplement plus difficile à trouver, parce qu’il y a beaucoup plus de paramètres sur lesquels jouer.
Lamisse Jarjous-Le Naour : Malgré tout, c’est un énorme bénéfice pour les patients et pour la qualité du diagnostic. Il faut simplement avoir un environnement technique à la hauteur. Sinon, c’est un peu comme avoir une Ferrari, mais ne rouler qu’à 50 km/h !
Quelles perspectives ouvre le scanner photonique aujourd’hui dans le domaine de la recherche ?