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Hôpital Saint-Louis : la radiologie interventionnelle oncologique en plein essor

À l’hôpital Saint-Louis, la radiologie interventionnelle oncologique connaît un essor croissant, avec une nette accélération depuis 2017, porté par l’engagement de l’AP-HP dans la lutte contre le cancer. Équipements dernière génération permettant des techniques mini invasives, montée en compétences des équipes médicale (avec un cursus de radiologie interventionnelle spécifique pendant l’internat), et paramédicale (grâce à un Diplôme Universitaire dédié pour les manipulateurs d’électroradiologie médicale) : ce tournant profite aussi bien aux soignants qu’aux patients. Le Pr. De Kerviler, professeur des universités-praticien hospitalier au sein du service d’imagerie de l’hôpital Saint-Louis et pionnier de cette activité dans l’hôpital, nous plonge au cœur d’une spécialité innovante en forte évolution.

Quelles ont été les principales évolutions en radiologie interventionnelle à l’hôpital Saint-Louis ces dernières années ?

Il y a eu un virage très important entre 2010 et 2015, lorsque l’AP-HP a décidé que l’hôpital Saint-Louis deviendrait un grand centre de lutte contre le cancer. Nous avons donc recentré notre activité sur le cancer et dimensionné le service pour répondre à ce besoin. En regardant ce qui se fait dans les Centres de Lutte Contre le Cancer, on voit qu’ils disposent tous de grands plateaux techniques de radiologie interventionnelle. En 2017, nous avons donc été équipés d’un Angio-CT, une salle ultramoderne qui combine scanner et arceau vasculaire, le premier en Europe. Cela a considérablement augmenté le nombre de gestes réalisés et permis de diversifier notre activité avec plus de gestes vasculaires et percutanés.

En quoi l’arrivée du premier Angio-CT à l’hôpital Saint-Louis a-t-elle amélioré la prise en charge des patients et les conditions de travail des soignants ?

L’Angio-CT nous a d’abord permis d’augmenter considérablement l’offre de soins. Depuis son installation, notre activité connaît une croissance annuelle à deux chiffres et nous réalisons des gestes de plus en plus complexes : traitements osseux, radiologie vasculaire, radio-embolisation, chimio-embolisation ou encore urologie interventionnelle. Nous avons développé une vraie collaboration avec les anesthésistes, ce qui nous permet de réaliser une à deux fois par semaine des gestes sous anesthésie générale ou sous sédation que nous ne pouvions pas faire auparavant parce qu’ils sont douloureux. Pour le personnel, l’impact est double. Ces techniques ultramodernes attirent et fidélisent les jeunes radiologues grâce à des équipements que l’on ne retrouve pas dans les centres privés. Cela attire aussi les manipulateurs d’électroradiologie médicale que nous impliquons dans les protocoles de coopération et que nous accompagnons en finançant des formations comme le Diplôme Universitaire de Manipulateur Aide Opératoire en Radiologie Interventionnelle (MAORI).

À quel besoin répond l’ouverture prochaine d’une deuxième salle de radiologie interventionnelle ?

La deuxième salle va nous permettre d’augmenter l’activité d’interventionnelle osseuse et vasculaire. Aujourd’hui, beaucoup de patients nous ont leurs examens externalisés faute de créneaux disponibles. Elle va aussi nous permettre d’élargir l’offre de pose de voies veineuses centrales pour l’hôpital (PiccLines, cathéters de Canaud, certains cathéters à chambre).

Comment envisagez-vous l’avenir de la radiologie interventionnelle dans notre système de santé ?

Je pense que c’est une spécialité en très forte croissance. C’est une discipline moderne, high-tech. Nous disposons de techniques de destruction tumorale percutanée par le chaud, par le froid, par des expositions aux courants électriques, mais également de traitements permettant l’administration de chimiothérapie ou de radiothérapie par voie intra-artérielle. Là où la radiologie interventionnelle, se développe le plus, c’est en cancérologie. Avec le vieillissement de la population et l’augmentation des cancers, je crois beaucoup à l’essor de ces techniques mini-invasives qui améliorent la prise en charge de nos patients. Et il ne faut pas oublier un point essentiel : en cancérologie, la première étape reste le diagnostic, et ce sont de plus en plus les radiologues qui permettent un accès à la tumeur grâce à des biopsies guidées. Nous détectons une lésion en imagerie, et allons la biopsier nous-mêmes avec des aiguilles placées très précisément dans la lésion, sous anesthésie locale. On obtient ainsi un diagnostic de façon non invasive. C’est quelque chose d’extraordinaire ! Vous avez évoqué la radiologie interventionnelle oncologique.

Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur cette spécialité ?

La radiologie interventionnelle oncologique se résume en trois étapes. La première, c’est le diagnostic, c’est-à-dire la biopsie. Il ne suffit pas de prélever et faire un diagnostic de cancer : il faut caractériser la tumeur, rechercher des marqueurs, à la fois pour le pronostic et surtout pour identifier des opportunités de thérapies ciblées. La deuxième étape, c’est le traitement. Les oncologues réalisent les chimiothérapies et les immunothérapies ; de notre côté, nous effectuons des traitements de destruction tumorale (chauffage, congélation, champs électriques) et nous pouvons aussi vectoriser de la chimiothérapie ou de la radiothérapie en passant par les vaisseaux. Enfin, le troisième volet consiste à soulager les patients et à freiner la maladie lorsqu’on ne peut pas la guérir : poser une sonde de gastrostomie, traiter une douleur par destruction ciblée ou stabiliser une métastase vertébrale par cimentoplastie afin de redonner de l’autonomie, permettre au patient de refaire ses courses, de conduire ou d’aller voir ses petits-enfants. Longtemps mortel, le cancer devient une maladie chronique et nous suivons certains patients depuis dix ou vingt ans. La maladie est toujours là, mais nous parvenons à la contrôler.

Qu’attendez-vous des manipulateurs d’électroradiologie médicale avec lesquels vous travaillez ?

Dans notre service, trois manipulateurs ont suivi le Diplôme Universitaire MAORI et nous avons un vrai retour sur investissement : leur implication est remarquable. Je crois beaucoup aux pratiques avancées. L’exemple parfait, ce sont les PICC lines : nous, radiologues, nous ne pouvons pas tous les faire, donc nous avons besoin d’être aidés. Les manipulateurs adorent ça, c’est une vraie montée en compétences pour eux. Et de notre côté, cela nous permet de nous concentrer sur des gestes plus complexes. Nous réfléchissons déjà à un protocole de coopération pour les changements de sonde de gastrostomie. Des manipulateurs sont volontaires. Si ce protocole voit le jour, ils auront leurs créneaux dédiés et cela fera gagner du temps à tout le monde.

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