Il y a un an, le service d’Imagerie Médicale de l’hôpital Bichat – Claude-Bernard, soutenu par le DMU DREAM, inaugurait son Angio-CT, une salle hybride qui couple radiographie et scanner. À la clé ? des gestes interventionnels moins invasifs, souvent réalisés en ambulatoire, donc plus rassurants pour les patients. Pour les médecins et les manipulateurs, les examens sont plus rapides et précis grâce à un équipement de pointe. Au-delà de ça, cette technologie apporte un nouvel espoir à des patients dont l’état de santé ne permet pas une chirurgie. Dans ces prises en soins complexes, médecins et manipulateurs jouent alors un rôle décisif pour les patients en situation fragile. Emilie FLUCK, cadre supérieure de santé sectoriel du site, Rachida AAMRI et Laetitia MEDI, toutes deux manipulatrices en électroradiologie médicale et respectivement référente de la nouvelle salle et référente vasculaire, partagent leur expérience de ce bloc interventionnel hybride et de la collaboration paramédicale et médicale qui se met en place au quotidien, où médecins et soignants travaillent en parfaite synergie.
Qu’est-ce que l’Angio-CT et quel est son rôle dans le fonctionnement quotidien de votre service ?
Laetitia : C’est une salle hybride : la radiographie est couplée au scanner. Cela permet des examens plus rapides et précis. Par exemple, nous pouvons faire une vérification au scanner immédiatement pendant le geste, alors qu’auparavant nous devions emmener le patient dans une autre salle pour réaliser le scanner. C’est plus confortable pour le patient et pour nous aussi.
Emilie : Avec l’arceau, nous avions simplement une superposition d’organes, comme pour une radiographie classique. Le scanner permet d’acquérir un volume, ce qui rend le geste du médecin interventionnel beaucoup plus précis et permet notamment de mieux visualiser les organes et de repérer des micro-saignements invisibles auparavant. Cela facilite les embolisations par exemple.
Rachida : L’Angio-CT nous permet de réaliser des gestes interventionnels avec une modalité en plus. On connait bien la radiographie, le scanner ou l’IRM mais l’imagerie interventionnelle reste encore assez méconnue. Pourtant, c’est une prise en soin plus douce pour les patients : certains viennent le matin pour leur examen et peuvent repartir chez eux dès l’après-midi.
En quoi cette nouvelle salle représente-t-elle une amélioration pour le service ?
Laetitia : La table est plus facile à manier, il y a de grands écrans, et nous avons deux technologies dans la salle : le radio et le scanner. Si le scanner interventionnel tombe en panne, nous pouvons déporter l’activité sur la salle du vasculaire. La salle est aussi accueillante pour les patients : elle est lumineuse, les murs sont colorés. En formation, nous avions rarement l’occasion de voir ce type d’équipement ; pour ceux qui souhaitent se spécialiser en vasculaire, c’est la salle de rêve.
Emilie : Une autre grande amélioration est que cette salle nous permet de réaliser des prises en soin rares. Pour certaines malformations artérioveineuses, des patients viennent même des DOM-TOM pour se faire soigner. Depuis l’ouverture de l’hôpital de jour en 2019, nous accueillons les patients directement dans le service. Les gestes sont moins invasifs — nous piquons dans une veine, une artère, l’aine ou le poignet — et ils ne nécessitent pas systématiquement une hospitalisation.
Rachida : Le point positif de cette salle, à mon sens, est qu’elle offre une véritable dernière chance aux patients. Certains sont trop faibles pour une chirurgie sous anesthésie générale. Par chance, le radiologue peut intervenir sous anesthésie locale, à visée palliative ou curative. Par exemple, pour la pose d’un filtre cave : quand le patient ne peut pas suivre un traitement anticoagulant, il est possible de placer le filtre directement dans la veine cave. Savoir que nous traitons des patients qui n’auraient pas pu bénéficier d’une chirurgie classique nous rend vraiment fiers.
Quels sont les examens les plus fréquemment réalisés sur cette machine ?
Rachida : L’embolisation, c’est THE examen ! Nous réalisons aussi des poses de PICC Lines, c’est-à-dire la pose d’un cathéter périphérique : comme une perfusion mais avec un tube plus long qui va jusqu’à l’entrée du cœur. C’est utilisé pour les patients difficiles à perfuser ou qui suivent des traitements. Cela évite de devoir repiquer sans arrêt : une perfusion classique tient environ 72 heures, alors qu’un PICC line peut rester en place de 3 à 6 mois.
Emilie : La radiofréquence et la cryothérapie se développent également. Avec la cryothérapie, on traite par le froid, et avec la radiofréquence, par la chaleur. La prise en soin est différente : la radiofréquence se fait toujours sous anesthésie générale, avec une hospitalisation avant et au moins une journée après, car c’est douloureux. Pour la cryothérapie, ce n’est pas systématique : le patient peut rester conscient, même si nous la réalisons parfois sous anesthésie générale pour le confort du patient ou pour mieux accéder à la lésion, par exemple pour certaines lésions pelviennes. Avec les progrès de la recherche, le nombre d’organes pouvant être traités par cryothérapie augmente. C’est une bonne nouvelle car c’est une technique moins invasive : au lieu d’une grande incision, nous utilisons seulement quelques aiguilles, ce qui facilite la récupération.
Quels changements ce nouvel équipement a-t-il apporté à la qualité de vie au travail des manipulateurs et des médecins ?
Emilie : L’Angio-CT met en avant la collaboration entre le médecin et le manipulateur radio : l’un ne peut pas travailler sans l’autre. Le manipulateur gère le scanner et passe le matériel, pendant que le médecin se concentre sur son guide, en s’appuyant sur son expertise technique tout au long de l’intervention. Le rôle du manipulateur est plus important qu’auparavant : avant, avec l’arceau, il avait surtout une posture d’aide opératoire, mais aujourd’hui ses compétences sur le scanner, la fusion d’images et la technologie sont pleinement reconnues. L’ergonomie de la salle a aussi été améliorée : accès à une réserve plus grande directement depuis la salle, poste de travail à 80 cm du sol pour travailler debout ou semi-assis.
Avez-vous reçu des retours de la part des patients depuis sa mise en service ?
Rachida : Les patients nous disent souvent que la salle est lumineuse et agréable. Je me souviens du premier patient qui était très content d’inaugurer la salle avec nous !
Laetitia : L’Angio-CT ressemble à une salle de bloc. C’est la première chose que les patients remarquent. Ils s’attendent à un geste invasif mais sont agréablement surpris quand nous leur expliquons l’examen. Ils se sentent entourés de technologies qui facilitent le bon déroulement de l’examen. Pour les rassurer, les médecins leur montrent le geste réalisé sur les écrans.
En plein essor, la radiologie interventionnelle est portée par une forte dynamique du DMU DREAM, grâce à l’acquisition d’équipements de pointe comme l’Angio-CT. Un outil gagnant-gagnant : des prises en charge moins invasives et plus rapides pour les patients, et, pour les professionnels, des gestes plus précis et une collaboration renforcée entre médecins et paramédicaux. La dynamique se poursuit : l’hôpital Beaujon s’équipera dès cette année d’un robot Epione®, avant l’installation d’un Angio-CT à l’hôpital Lariboisière – Fernand-Widal en 2027. À l’hôpital Saint-Louis, pionnier en la matière, le robot Epione® devrait également être renouvelé prochainement. Des investissements au service des patients et de ceux qui les accompagnent !