Piqûre de rappel
En pathologie numérique, les lames de verre sont numérisées afin de pouvoir être visualisées sur un ordinateur. Simple mais révolutionnaire, cette technologie marque un tournant pour la discipline de l’anatomopathologie, avec des diagnostics plus rapides, précis et accessibles à distance. Au quotidien, elle facilite la lecture : le médecin, qui faisait autrefois des allers-retours entre son microscope et son ordinateur au moment de rédiger ses comptes rendus peut désormais tout consulter sur son ordinateur grâce à un double écran. Un réapprentissage des réflexes visuels et diagnostiques qui en vaut la peine !
Une numérisation pas à pas
Aux hôpitaux Bichat et Beaujon, le choix d’une numérisation progressive s’est vite imposé. Dès le départ, les deux sites ont travaillé ensemble, lors de réunions communes, afin de mûrir le projet et de permettre une transition en douceur pour les équipes. Car moderniser implique aussi de nouveaux processus et des bouleversements pour les équipes, ici principalement techniques, liés à l’utilisation du scanner. Comme la machine scanne toutes les lames sans distinction, il a fallu, par exemple, définir un ordre de numérisation et prévoir une procédure d’urgence. Mais le véritable changement pour les pathologistes est assurément la fin du microscope traditionnel, symbole de leur pratique. À l’hôpital Beaujon, c’est tout l’enjeu du rôle de facilitateur de Miguel Albuquerque, ingénieur en biologie médicale, qui accompagne les médecins pathologistes dans la prise en main des outils pour rendre ce passage plus naturel : « C’est du dialogue, de la formation, de la mise au point, en ce qui concerne le scanner, pour modifier certains paramètres afin que le rendu des couleurs soit le même qu’au microscope. ».
Face aux défis techniques, l’engagement des équipes
Les professionnels des deux établissements sont unanimes : leur bête noire, ce sont les contraintes techniques. À l’hôpital Bichat, les locaux ont nécessité une mise en conformité des prises réseau : « Nous avons découvert ce problème au moment même de la réception du scanner… je caricature à peine ! », explique Margot, qui reste toujours positive face aux imprévus et préfère en rire. À cela s’ajoute la capacité de numérisation du service d’anatomopathologie, encore insuffisante pour leur activité, ce qui constitue pour l’heure un point bloquant. Malgré ces aléas, Aurélie Cazes, Margot et Laura sont fières : elles ont su surmonter chaque difficulté et ont réussi à atteindre l’objectif fixé pour 2025, avec un tiers de leur activité numérisée.
La force du collectif
Derrière les petites victoires du quotidien, il y a surtout des équipes pleinement mobilisées pour faire avancer le projet. Dans les services, chacun joue son rôle pour accélérer la numérisation. Le processus de numérisation peut allonger les délais de rendu jusqu’à 24 heures. À l’hôpital Beaujon, l’équipe s’organise pour limiter ce retard avec l’implication des techniciens et de l’archiviste du laboratoire. À l’hôpital Bichat, les référents numériques peuvent compter sur leur binôme pour s’entraider et partager leurs questions. Cette culture de l’entraide, déjà forte dans le service, s’est encore renforcée avec la numérisation : médecins et techniciens dialoguent, testent des solutions dans la routine diagnostique et adaptent leurs pratiques.
Vers une standardisation des processus
Les pathologistes des deux établissements partagent le même point de vue : la numérisation a été le moteur pour améliorer la phase pré-analytique, c’est-à-dire la préparation des lames avant leur passage au scanner. Très sensible aux imperfections, le scanner impose aux techniciens une vigilance accrue : « Quand nous numérisons les lames, il faut une qualité technique parfaite et standardisée : des coupes bien centrées, une coloration irréprochable et un montage de la lame sans bulles. Nos techniciens ont beaucoup travaillé sur cet aspect pour garantir des lames de la meilleure qualité possible. » souligne Aurélie Beaufrère. Ce projet est porté par l’ensemble de l’équipe, c’est ce qui en fait sa réussite.
Une nouvelle ère de l’Anatomie et Cytologie Pathologiques
Quand nous leur demandons à quoi ressemblera l’anatomopathologie de demain, Aurélie Cazes, Margot et Laura évoquent les efforts engagés pour créer un système d’archivage numérisé des images, à l’instar du PACS mis en place pour la radiologie. Si un tel transfert de compétences n’est pas pour tout de suite – un pneumologue ne peut pas encore interpréter une lame de poumon – le projet avance : une charte de bonnes pratiques est en discussion avec la collégiale de l’AP-HP. L’objectif ? Permettre un accès simple et centralisé à l’ensemble des informations et des images histologiques d’un patient et ainsi faciliter le diagnostic. Dans le même temps, l’intelligence artificielle commence à ouvrir de nouvelles perspectives : l’AP-HP étudie l’intégration d’algorithmes directement dans les logiciels de gestion des lames. Les possibilités sont nombreuses, notamment pour l’aide au diagnostic : prédictions de mutation, de réponse au traitement… Le service d’anatomopathologie de l’hôpital Bichat devrait prochainement pouvoir tester dans la routine un algorithme pour la lecture des lames de prostate, dans le cadre d’un projet porté en particulier par les services d’anatomopathologie des hôpitaux Bicêtre et Saint-Louis. Après l’adoption réussie du scanner, l’IA s’inscrit naturellement dans la continuité de cette numérisation, « Mais toujours sous contrôle humain ! », rappelle Aurélie Cazes.
TOP ! Bravo pour ce bel article